Saudade Lisboète

Carmo 1

Convento do Carmo

Certaines villes éveillent dans nos corps une énergie inédite. D’autres appellent le rêve. Lisbonne, elle, prête à la Saudade. Le mot est si souvent utilisé pour évoquer la capitale portugaise qu’il frise parfois le cliché. Difficile, pourtant, lorsque l’on sillonne les rues pavées de blanc de la ville, ne pas être saisi par un doux vague à l’âme. Une nostalgie heureuse. Le sentiment d’avoir perdu quelque chose de beau, de le chercher en vain sur les azulejos des façades lisboètes, mais d’être en paix avec ce sentiment-là.

Cela tient peut-être aux vieilles pierres. Ou à la face décatie qu’offrent certains immeubles du centre-ville. Cela tient sûrement, aussi, à une certaine inclinaison de l’âme, celle de ceux qui ont un peu trop conscience de la fragilité des choses. De la facilité avec laquelle la brise peut emporter les cœurs vers les abysses ou alors là haut, très haut, tout près des étoiles.

Je suis à Lisbonne pour un reportage sur les séquelles de la crise et le début d’un renouveau de l’économie portugaise. Le dernier jour, l’un de mes rendez-vous me conduit tout près du Convento do Carmo. Le couvent des Carmes. Une sublime église en partie détruite par le tremblement de terre de 1755. Il ne reste que quelques arches blanches, tendues vers le ciel bleu. Je m’assois quelques instants au milieu des ruines. Me vient alors à l’esprit le travail de Thomas Jorion.

Un soir, à Paris, je suis entrée dans une petite galerie présentant sa série de photos baptisée Saudade. Jorion a parcouru le Portugal pour y photographier des manoirs abandonnés. Les clichés sont pris à l’intérieur : cuisine, chambre, salon. Escaliers. Les murs sont décrépis et colorés, suggérant le bonheur passé. Les fenêtres ont explosé, laissant pénétrer à l’intérieur la végétation et une lumière extraordinaire.

Les photographies de Jorion pourraient être sinistres et douloureuses. Elles ne sont rien de cela. Il y a une vie folle dans ces petits palais désœuvrés. Une liberté étrange et intemporelle, entrouvrant la porte d’un monde apaisé. L’artiste capte quelque chose du secret de la solitude et de la beauté de l’abandon.

Je quitte la capitale portugaise en songeant à cette phrase d’Antoine Volodine, dans Lisbonne dernière marge : « Nous étions jeunes alors et, pour lutter contre l’absurdité impardonnable du monde, nous avions des armes. »

Pour découvrir le travail de Thomas Jorion (photos ci-dessous), cliquez-ici.

Pour lire le reportage à Lisbonne pour Le Monde, cliquez-ici, ou bien suivez ce lien.

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