A la recherche des dernières survivantes de Ravensbrück

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Certaines rencontres comptent plus que d’autres. Elles laissent une marque secrète sur la peau. Elles ouvrent des portes. Orientent les désirs souterrains.  Dans le cadre des recherches pour mon prochain roman, j’ai lu l’ouvrage de la journaliste Sarah Helm, « Si c’est une femme », lors de sa parution au Royaume-Uni. A l’occasion de la sortie de sa traduction française aux éditions Calmann Lévy, en avril, j’ai rencontré l’autrice.

Pendant des mois, Sarah Helm a mis sa vie entre parenthèses pour partir à la recherche des dernières survivantes de Ravensbrück, le camp de concentration nazi réservé aux femmes. Elle a sillonné l’Europe. Grâce à un rescapé de Buchenwald, elle trouvé trace de certains d’entre elles, dans les villages Ukrainiens autour d’Odessa. Beaucoup n’avaient jamais parlé. Ni à leur retour, ni plus tard.

Sarah Helm a retrouvé Zofia Kawinska, l’une des Polonaises qui a subi des expériences dans le camp. On les surnommait les « Lapins ». Des médecins nazis injectaient des bactéries dans leurs jambes, trituraient leurs os, retiraient des muscles, afin d’étudier la réaction des corps. Zofia a montré ses cicatrices à Sarah. Elle ne marche plus très bien.

La journaliste britannique est allée en Israël, pour parler aux enfants de survivantes. Elle ne s’est pas attachée à un seul pays. Elle a rencontré des dizaines de femmes en Pologne, en Russie, en France. Elle a recueilli leurs mots. Certaines sont mortes depuis. D’autres lui ont raconté les faits à peine explorés par les historiens. La déportation des prostituées Françaises. Les viols perpétrés par l’Armée rouge, à l’ouverture du camp.

L’ouvrage évoque aussi, avec nuance, le destin des bourreaux et gardiennes de Ravensbrück. Comment des filles simples, parfois venues des villages alentours, ont été séduites par la brutalité permise par leur fonction. Par le pouvoir absolu sur l’autre qu’elle leur conférait.

Pendant des semaines, « Si c’est une femme » m’a habitée. Pendant des semaines, j’ai été incapable de me concentrer sur autre chose. J’imaginais Sarah Helm frapper à la porte d’une modeste maison ukrainienne. S’asseoir à la table. Expliquer, à l’aide d’un traducteur, pourquoi elle était venue jusqu’ici. Un jour, m’a-t-elle confié, les enfants et petits enfants de l’une des rescapées d’Odessa sont venus s’asseoir autour d’elles. Sans un mot, avec étonnement, ils ont écouté le témoignage de la grand-mère.

Il aura fallu cela, la visite d’une étrangère, pour que le silence se rompe. Pour qu’au sein de ces familles, la mémoire se transmette enfin.

 
« Si c’est une femme. Vie et mort dans le camp de Ravensbrück, 1939-1945 » (If This is a Woman. Inside Ravensbrück. Hitler’s Concentration Camp For Women), de Sarah Helm, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Calmann-Lévy, 896 p., 27,50 €.

Pour lire l’article paru dans Le Monde sur l’ouvrage « Si c’est une femme », cliquez ici pour le téléchargerou bien ici pour le lire en ligne (édition abonnés).

Pour commander l’ouvrage de Sarah Helm, cliquez ici.

9782702158098

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